« En Irlande comme en Gaule, les druides et leurs élèves n’ont pas été paradoxalement des érudits ignorant l’écriture : c’étaient au contraire les personnes sachant le mieux lire et écrire. Mais l’écriture était en quelque sorte chargée d’une magie plus puissante, ou plus dangereuse que la voix. » (Le Roux/Guyonvarc’h)

L’usage des hiéroglyphes introduisit une nouvelle strate dans [la relation entre un mot et la réalité qu’il exprime], en instaurant une équivalence entre la réalité désignée par les signes, et la réalité que leur regroupement évoque via l’écriture. Par ce biais, les objets figurés par chaque signe intègrent eux aussi la sphère d’influence sur le réel, et renforcent ainsi le spectre d’action des mots sur les choses qu’ils désignent.

… la racine [consonantique] est au mot ce que la matière brute est à l’objet fini : un monde de potentialités qui épousent des formes précises au travers des divers jeux de vocalisation. (…) dans le mode poétique d’expression, ils apparaissent plutôt comme des excroissances bourgeonnant spontanément des racines au moment même de leur mise en forme. (…) Dans cette perspective, les racines deviennent la source vive des mots, elles représentent un monde de potentialités en amont de la parole, à l’image du cuivre liquide par rapport à l’objet fini.

(Forgerons et héros civilisateurs. Nissim Amzallag. Les belles lettres 2025)